Pour bien gérer le changement  Prospect Gestion 

Un trio particulier (2 de 3)


Toute organisation ou entreprise se retrouve avec un éventail de managers dont la motivation, l'attitude et le comportement influencent fortement sa vie quotidienne. En période de changement, cette influence devient encore plus déterminante. Comprendre le rapport qui unit les différents managers avec la façon avec laquelle ils remplissent leur rôle peut nous être utile dans la compréhension que nous pouvons développer de leur mode de conduite du changement. Nous nous intéresserons tout particulièrement au manager de pouvoir, au manager politique et au manager de puissance. Ils correspondent à un profil particulier dont la dynamique même jette un éclairage intéressant, par-delà l'aspect peut-être " caricatural ", sur la connaissance de soi que doit développer le manager pour être à même de bien conduire le changement.

voilier au vent


Le manager politique

Il ne s'agit pas ici de parler d'un manager dont les habiletés politiques lui permettent de mettre en œuvre ses différents projets mais d'un forme de management qui s'inspire fortement des agissements du monde politique. Ceci découle directement de la confusion née de la présence de plus en plus grande d'un nombre de politiciens ou politiciennes qui, en l'absence d'une véritable vision, voient davantage leur rôle comme en étant un d'intervention directe auprès d'organisations diverses afin de répondre rapidement à un besoin exprimé par certains commettants. Qu'il s'agisse d'un membre d'un conseil municipal qui s'imagine, par exemple, que le service de la voirie se doit de répondre aux demandes particulières qu'il lui adresse, qu'il s'agisse d'un membre d'un conseil d'administration qui demande une réponse précise à un cadre de l'organisation en ce qui

index

Pour information ou commentaires, ou encore si vous êtes intéressé par la tenue d'un atelier ou d'une conférence sur le sujet:

courrier

concerne un client particulier, qu'il s'agisse finalement d'un député qui s'engage, au nom d'une organisation, à répondre rapidement à un besoin exprimé par l'un de ses électeurs, toutes ces situations reflètent une méconnaissance importante du rôle politique dans le management d'une organisation.

À cet égard, le secteur privé risque moins de succomber à cette tentation car le critère habituel de la prise de décision est justement la conformité au plan retenu pour assurer d'une part la rentabilité de l'entreprise et d'autre part démarquer l'entreprise de ses concurrents. Toute action qui viserait à dilapider les ressources de l'entreprise, sur une base essentiellement discrétionnaire, sans aucun retour réaliste sur l'investissement serait, tôt ou tard, fortement dénoncée. Comme le secteur public n'est pas soumis au critère d'efficacité mais davantage à celui de l'efficience, ce type d'intervention a plus tendance à être tolérée d'autant plus qu'il émane principalement du politique qui y voit souvent une partie importante de son rôle quotidien.

Vouloir intervenir...

Le manager politique va donc s'inspirer de ce comportement pour s'attarder davantage aux cas particuliers qu'à la mise en place d'une vision assurant le développement d'une organisation. Il aura tendance à se sentir davantage en confiance dans une gestion du cas par cas que dans une gestion d'ensemble. Il sera plus à l'aise dans une prise de décision qui " s'impose " d'elle-même selon les consensus obtenus que dans une prise de décision qui découlerait d'un choix que ses partisans seraient à même de lui reprocher éventuellement. Ce n'est donc pas tant la justesse d'une décision mais la force de l'appui à cette même décision qui le confortera dans son comportement. Toute vision le moindrement intégrée représentera pour le manager politique un piège dont il cherchera à tout prix à s'écarter préférant des parcelles de vision pouvant s'adapter à toutes les circonstances. Tout comme le manager de pouvoir, le manager politique est donc intéressé par .la poursuite de l'état actuel, c'est-à-dire le fait d'être en situation de pouvoir. Il y aura donc une complicité naturelle entre ces deux types de manager, complicité dont sera évidemment exclu le manager de puissance.

Cette complicité reposera sur le partage d'informations particulières en ce qui concerne, par exemple, l'évaluation des alliés potentiels, le positionnement des alliés actuels, les intérêts des principaux personnages gravitant autour de l'organisation, les forces en présence et s'il y a lieu les intérêts réciproques. La différence reposera sur les attentes particulières de l'un et l'autre de ces managers en regard de la pérennité de leur situation actuelle. Ainsi, le gestionnaire de pouvoir sera davantage tenté par une attitude qui, nonobstant la situation politique, lui permettrait de demeurer en poste ou de progresser alors que le manager politique cherchera plutôt à demeurer dans les bonnes grâces du plus grand nombre possible. Cela conduira le manager de pouvoir, sous un dehors agréable, à une prudence accrue dans ses rapports avec le manager politique alors que ce dernier sera éventuellement prêt à des alliances que d'aucuns jugeraient étranges.

Mais sans déplaire !

Le manager politique cherche surtout à ne pas déplaire, tout au moins, à déplaire le moins possible à ceux susceptible de le maintenir dans le poste qu'il occupe. Ceci le conduira à adopter une attitude fort divergente dépendant des individus. Envers ceux qui dépendent de lui, et dont il évalue le pouvoir " négligeable ", il pourra se montrer fort intransigeant et paraître autoritaire. Par contre, envers ceux de qui il dépend ou encore envers les individus détenant une influence susceptible d'avoir un impact sur sa position, il saura se montrer conciliant, flexible voire même accommodant. En période de transformation organisationnelle, il favorisera davantage l'apparence du changement que le changement lui-même.Ce qui pourra l'emmener à enclencher de nombreuses réformes mais sans jamais les mener à terme.(à suivre…)

Raymond Vaillancourt

bandeau