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L'arbre de la gestion

Des univers différents

Comme on l'a déjà vu " puissance " et " pouvoir " ne se confondent pas mais la très grande majorité des gestionnaires se donnent rarement la peine de les distinguer. Ils assimilent la puissance à une forme de pouvoir qui leur permet d'exercer un contrôle total et constant sur l'ensemble de l'organisation et sont surpris de devoir sans cesse rappeler, auprès des employés, l'autorité qu'ils exercent Ce faisant, ils oublient que la puissance, qui est plus que la connaissance reliée à l'expertise, permet de faire en sorte que l'on n'exerce pas tout le pouvoir dont on dispose afin de permettre le développement de ceux sur qui le pouvoir peut s'exercer. De la même façon qu'un réel pédagogue comprend bien que l'étalage flamboyant de ses connaissances n'aide en rien l'apprentissage de ses étudiants et qu'il doit leur laisser l'espace nécessaire pour apprendre, de la même façon un patron doit, à l'égard de ses employés, leur permettre de prendre à leur compte les intérêts de l'organisation et les porter aussi loin et mieux qu'il ne le ferait seul, en s'assurant de l'intégration de ces efforts parfois disparates.

Pouvoir et puissance se partagent des univers différents qui peuvent se conjuguer et s'amplifier l'un l'autre dans la mesure où l'on comprend la relation qui les unit. Ils sont aussi en relation étroite avec l'univers de la politique. La figure ci-jointe fait état des relations et des distinctions entre ces trois univers. Elles sont représentées sous la figure d'un arbre coupé transversalement et dans lequel on voit que la puissance se situe au cœur de l'arbre, le pouvoir en est le tronc et la politique en serait l'écorce. On comprend alors que ce qui paraît n'est pas nécessairement le plus important ! Si l'écorce recouvre un arbre qui n'a plus de cœur ce dernier s'effondrera à la première bourrasque.

La puissance

La puissance se situe dans l'ordre du charisme et de l'influence exercée par irradiation de la pensée et concentration des actions. C'est à dire que la pensée ordonnée, structurée et articulée peut à la fois convaincre et séduire tout en ne cherchant pas à intervenir tous azimuts. C'est la forme la plus puissante de contrôle et celle que les gestionnaires craignent le plus, surtout lorsqu'ils sont dans l'impossibilité de l'exercer. Ils préfèrent reléguer ce type de " pouvoir ", dit de compétence, dans des sphères organisationnelles qu'ils jugent secondaires ( ressources humaines, contrôle de la qualité, etc. ).

Dans cet univers, le pouvoir est intérieur et son exercice peut se concentrer en des points très particuliers et, partant de là, jouir d'une efficacité élevée en regard du peu de moyens dont il dispose. On comprend dès lors facilement la crainte qu'ont les organisations à mettre en situation d'autorité quiconque disposerait déjà de ce type de pouvoir. La panoplie des moyens dont dispose le pouvoir traditionnel décuplerait l'impact des individus, détenteurs de la puissance, à la tête des organisations. À l'heure de l'économie du savoir cependant, il est de plus en plus reconnu que c'est de ce type d'individus dont devront disposer les entreprises et les organisations. Déjà les entreprises du secteur privé lorgnent graduellement vers ce virage, non pas pour des questions de considérations mais essentiellement pour des questions de survie dans l'incertitude actuelle. De leur côté, les organisations publiques hésitent encore à entreprendre un tel virage en raison de l'impact majeur que ledit virage aurait sur l'univers des organisations publiques. Comme nous le verrons plus loin, l'univers politique a aussi des exigences qui lui imposent de ne pas trop mal paraître au regard de ceux de qui il détient son existence.

Suggestion de lecture


Buchanan, Dave et al. Organization development and change: The legacy of the nineties in Human resource Management Journal. London. 1999. vol.9, no.2 pp. 20-37.


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Le pouvoir

Il s'agit principalement du rapport d'autorité lequel se situe dans l'ordre de la convention institutionnelle par manipulation des situations et des structures et par la mise en scène du jeu des différents acteurs. C'est à dire que l'autorité découlant d'une vision qui emprunte parfois davantage aux idées du temps de Louis XIV qu'à celles émanant de la démocratie cherche à s'exercer en relation directe avec le poste plutôt qu'en fonction de celui qui détient ledit poste. Cette forme de contrôle se nourrit essentiellement du respect qu'ont les différents acteurs ( patrons, employés, syndicats ) des rôles de chacun et des règles de la mise en scène particulières à chaque entreprise ou organisation.

Ces règles doivent impérativement être respectées telles qu'elles ont été énoncées et tout manquement risque de provoquer d'importantes difficultés non pas à l'organisation ou à l'entreprise comme telle mais davantage à celui ou celle qui aurait pris le risque de les transgresser ! On se situe alors dans l'ordre du pouvoir externe et visible avec le respect des attributs qui le composent. Il ne saurait être question, par exemple, de critiquer trop ouvertement la pertinence d'une décision ou pis encore la compétence d'un acteur sans devoir en payer le prix. Il y a donc comme une entente de respect mutuel qui, par-delà les " engueulades stratégiques " en période de négociation, vient légitimer le fonctionnement organisationnel et la place relative qu'occupe chacun des grands acteurs.

Cet univers a joué et joue encore un rôle primordial au sein des organisations et des entreprises mais on constate une remise en cause timide mais réelle de la mise en scène. Cependant cette remise en cause se butte à la crainte de l'impact des bouleversements qu'engendrerait l'univers procédant de la puissance sur la gestion quotidienne.

La politique

Il s'agit essentiellement de l'univers de moyens qui se développent via des rapports de force par appropriation des ressources, dispersion des actions et fractionnement de la pensée. C'est à dire que la pensée, au sein de cet univers, a intérêt à ne pas être intégrée pour éviter les multiples contradictions que ne manquent pas de susciter les différentes occasions d'alliances dites stratégiques. La cohérence de la pensée doit être plus apparente que réelle, les actions paraître plus efficaces qu'elles ne le sont et les ressources moins disponibles qu'elles ne le sont réellement. Le but visé est de " paraître " informé, avisé, orienté et appuyé que cela corresponde à la réalité ou non ! On comprend alors facilement l'impact que cet univers peut avoir particulièrement sur la gestion des organisations publiques. En d'autres termes, l'univers du pouvoir ( l'autorité ) ne peut se montrer plus efficace que l'univers politique et doit donc demeurer à l'intérieur du rôle qui lui est imparti dans la mise en scène, le metteur en scène étant bien entendu dans l'univers politique.

Autant l'univers de la puissance doit concentrer son intervention pour être efficace, autant l'univers politique a intérêt à disperser son intervention. Son niveau de concentration de l'action sera très faible afin de pouvoir la répartir dans plusieurs secteurs à la fois. Il cherchera à compenser cette faiblesse en travaillant davantage sur l'image pour faire croire à la concentration. Quant à lui, l'univers de la puissance devient redoutable dans la mesure où son action se valide par l'expertise qu'il possède et l'influence qu'il parvient à exercer sur les autres univers.

En gestion, l'univers de la puissance peut favoriser la découverte du sens et faire émerger, chez les employés, un contrôle intérieur alors que l'univers du pouvoir ne peut faire apparaître qu'un contrôle extérieur lequel doit être sans cesse réitéré. Quant à l'univers politique, il ne peut en gestion que favoriser les jeux de coulisses et les rapports de force visant à accroître momentanément l'influence d'un groupe sur les autres. Mais cette influence demeure aléatoire et conjoncturelle.

En guise de conclusion...

L'expérience nous démontre que la majorité des gestionnaires traditionnels ont un sens aigu du pouvoir et de ses ramifications politiques. Mais ils ignorent ou craignent la puissance parce qu'ils sont démunis devant elle et ne savent trop comment la contrôler. Ils préfèrent donc la reléguer dans des rôles qu'ils estiment de second plan. Dans l'économie du savoir, l'autorité qui ne s'appuie sur aucune puissance, perd peu à peu de sa légitimité et l'univers politique ne peut prêter secours d'aucune façon au pouvoir pour lui permettre d'en réduire l'impact. Dans l'entreprise privée, l'univers politique est tout au plus utilisé comme allié temporaire. Dans l'organisation publique, on a tendance à en surestimer l'impact, voire à se cacher derrière cet univers en espérant échapper au bouleversement. C'est là une grave erreur qui ne fait que retarder le moment fatidique où, privées de la créativité qu'engendre une gestion basée sur la puissance, des petites et moyennes organisations publiques se voient contraintes de disparaître pour permettre à de plus grosses de survivre en attendant que les services qu'elles rendent soient repris, plus adéquatement, par le secteur privé. Au moment où ce que l'on appelle la mondialisation de l'économie enlève aux États un peu de leur souveraineté à chaque jour, compter encore sur cet univers pour perdurer relève de l'inconscience.

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